Le bras de fer opposant la Communauté urbaine de Douala (CUD) au préfet du Wouri autour de la gestion du Parcours Vita de Douala connaît un nouveau rebondissement. Dans une décision rendue le 16 juillet 2026, le Tribunal administratif de Douala a accordé un sursis à exécution de l’arrêté préfectoral qui annulait la suspension de Valentin Njoh de ses fonctions de directeur de cette infrastructure sportive.
Cette décision constitue une première victoire judiciaire pour la mairie de Douala, même si le litige principal n’a pas encore été définitivement tranché.
Une bataille autour de la gestion du Parcours Vita
À l’origine de cette affaire, la décision du maire de la ville de Douala, le Dr Roger Mbassa Ndinè, de suspendre Valentin Njoh de ses fonctions de directeur du Parcours Vita. Cette suspension était motivée par des manquements et des agissements jugés susceptibles de perturber le bon fonctionnement de cette infrastructure.
Le 23 décembre 2025, le préfet du Wouri avait annulé cette mesure, estimant que la mairie ne disposait pas du pouvoir de suspendre un responsable nommé par l’État.
Contestant cette décision, la Communauté urbaine de Douala a saisi le Tribunal administratif le 29 décembre 2025 afin d’obtenir la suspension de l’exécution de l’arrêté préfectoral dans l’attente d’un jugement sur le fond.
La mairie met en avant les textes sur la décentralisation
Pour défendre sa position, la CUD s’est appuyée sur plusieurs textes juridiques encadrant le transfert des compétences de l’État vers les collectivités territoriales.
Elle rappelle notamment qu’un protocole d’accord signé le 5 juin 1993 avait confié la gestion du Parcours Vita de Douala à la municipalité.
La ville invoque également le Code général des collectivités territoriales décentralisées ainsi que le décret fixant les modalités d’exercice des compétences transférées aux communes. Selon ces textes, les collectivités disposent de compétences exclusives concernant la création, la gestion, l’entretien et l’exploitation des infrastructures sportives d’intérêt communal.
La municipalité cite également l’arrêté du 9 avril 2012 qui précise que les communes assurent la gestion des ressources humaines recrutées pour exercer les compétences transférées dans le domaine du sport. Ce même texte prévoit que les infrastructures sportives d’intérêt communal existantes sont placées sous la responsabilité des communes.
Le préfet défend la compétence de l’État
De son côté, le préfet du Wouri s’est fondé sur un autre texte réglementaire, l’arrêté du Premier ministre du 24 septembre 2012 relatif à l’organisation et au fonctionnement des Parcours Vita.
Selon cette réglementation, le directeur d’un Parcours Vita créé par l’État est nommé par le ministre chargé des Sports et demeure placé sous son autorité. Pour cette raison, le représentant de l’État considère que le maire ne peut légalement suspendre un responsable désigné par le ministère.
Le Tribunal relève une contradiction juridique
Après examen des arguments des deux parties, le Tribunal administratif de Douala a estimé que les différents textes invoqués présentent des interprétations qui semblent difficilement conciliables.
Les juges relèvent notamment qu’il existe une contradiction apparente entre les dispositions de l’arrêté ministériel du 9 avril 2012, favorable aux compétences des communes, et celles de l’arrêté du Premier ministre du 24 septembre 2012, invoqué par le préfet.
Selon le Tribunal, cette situation fait naître un doute sérieux sur la légalité de l’arrêté préfectoral contesté.
Une suspension provisoire de l’arrêté préfectoral
Estimant que l’application immédiate de la décision du préfet pourrait causer un préjudice difficilement réparable à la Communauté urbaine de Douala, le Tribunal administratif a ordonné le sursis à exécution de l’arrêté du 23 décembre 2025.
Cette mesure est toutefois provisoire. Elle suspend simplement les effets de l’arrêté préfectoral jusqu’à ce que le Tribunal statue définitivement sur le fond du dossier.
Le jugement définitif est toujours attendu
L’affaire reste donc ouverte. Le Tribunal administratif devra encore se prononcer sur la question essentielle : qui détient réellement le pouvoir de gérer les Parcours Vita et d’exercer l’autorité sur leurs responsables ?
Cette décision permettra notamment de clarifier les éventuelles contradictions entre les différents textes réglementaires actuellement invoqués par les deux camps.
La position du Premier ministre en faveur de la décentralisation
Parallèlement à cette procédure judiciaire, une correspondance du secrétaire général des services du Premier ministre adressée au ministre des Sports semble confirmer la volonté du gouvernement d’accélérer le processus de décentralisation.
Dans cette lettre, le Premier ministre demande que les responsables des communautés urbaines concernées prennent toutes les mesures nécessaires afin d’assurer la gestion effective des Parcours Vita, conformément aux textes encadrant le transfert des compétences dans le domaine du sport et de l’éducation physique.
Le chef du gouvernement invite également le ministère des Sports à concentrer son action sur ses missions de suivi, de contrôle et d’évaluation des compétences désormais transférées aux collectivités territoriales.
Cette orientation pourrait peser dans les prochaines étapes de cette affaire, alors que le jugement sur le fond est toujours attendu.















