L’absence prolongée du président de la République Paul Biya continue d’alimenter le débat politique au Cameroun. Lors d’une conférence de presse organisée à Yaoundé le jeudi 23 juillet 2026, le président national du Social Democratic Front (SDF), Joshua Osih, a vivement critiqué le manque de communication autour du séjour du chef de l’État à l’étranger.
Pour le responsable de l’opposition, la situation donne l’impression que le Cameroun fonctionne désormais en « pilotage automatique », une expression destinée à dénoncer ce qu’il considère comme un manque de visibilité sur l’exercice effectif du pouvoir exécutif.
Paul Biya absent depuis le 7 juin 2026
Paul Biya a quitté le Cameroun le 7 juin 2026 pour ce qui avait été officiellement présenté comme un « court séjour privé en Europe ».
Mais au 24 juillet, plus de six semaines se sont écoulées sans retour annoncé du président à Yaoundé.
Reuters rapportait le 22 juillet que Paul Biya se trouvait à l’étranger depuis plus de 45 jours et que le gouvernement n’avait pas communiqué de date pour son retour.
Cette situation a progressivement transformé un déplacement privé en sujet politique national.
Joshua Osih demande : qui gouverne actuellement le Cameroun ?
C’est précisément cette interrogation que le dirigeant du SDF a placée au centre de son intervention.
Selon les propos rapportés après sa conférence de presse, Joshua Osih s’est interrogé sur le fonctionnement de l’État pendant cette absence prolongée.
Il estime que le Cameroun fonctionne par des mécanismes de délégation insuffisamment transparents et compare cette situation à un « pilotage automatique ».
Pour le SDF, la question n’est donc pas seulement de savoir où se trouve le président. Elle concerne surtout la manière dont les décisions relevant de la présidence sont prises pendant son absence.
Le SDF dénonce surtout le manque de communication
Joshua Osih reconnaît cependant un élément juridique important : aucune disposition constitutionnelle ne fixe une durée maximale pendant laquelle le président de la République peut séjourner à l’étranger.
Sa critique porte principalement sur l’absence d’informations officielles expliquant pourquoi un voyage annoncé comme court se prolonge depuis plusieurs semaines.
Le SDF considère ainsi le silence institutionnel autour de cette situation comme problématique et estime que les citoyens devraient être informés.
Il s’agit d’une position politique du SDF, et non d’un constat juridique établissant que le Cameroun serait actuellement sans gouvernement.
Peut-on réellement parler de vacance du pouvoir ?
C’est ici qu’une distinction essentielle doit être faite.
L’absence physique du président du territoire camerounais ne signifie pas automatiquement que la présidence est juridiquement vacante.
Une vacance du pouvoir répond à des mécanismes constitutionnels spécifiques. Elle ne peut donc pas être déduite uniquement de la durée d’un séjour présidentiel à l’étranger.
Néanmoins, l’absence prolongée de Paul Biya a relancé ce débat.
Reuters rapporte notamment que le député d’opposition Jean-Michel Nintcheu a demandé au Conseil constitutionnel de constater une vacance de la présidence. Cette initiative ne signifie cependant pas qu’une telle vacance a été officiellement constatée.
La question de la vice-présidence complique le débat
Le contexte institutionnel de 2026 rend la situation encore plus particulière.
Le Cameroun a récemment réintroduit la fonction de vice-président de la République dans son architecture institutionnelle. Mais, selon Reuters, le poste demeure actuellement vacant.
Cette situation nourrit les interrogations de l’opposition sur la continuité visible du pouvoir exécutif lorsque le chef de l’État est durablement absent du territoire.
Il faut cependant distinguer ces interrogations politiques du fonctionnement administratif quotidien : le Cameroun dispose toujours d’un gouvernement, d’un Premier ministre, de ministères et d’administrations qui continuent leurs activités.
Parler de « pilotage automatique » constitue donc avant tout une formule politique employée par Joshua Osih pour critiquer la gouvernance actuelle.
Le RDPC rejette l’idée d’une vacance du pouvoir
Du côté du pouvoir, le discours est différent.
Le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC) soutient que l’absence physique du président ne signifie pas que le pouvoir est vacant.
Cette semaine, la direction du parti présidentiel s’est d’ailleurs réunie à Yaoundé. Reuters rapporte que le secrétaire général du Comité central, Jean Nkuete, a convoqué le 22 juillet une réunion de hauts responsables du RDPC, sans toutefois établir officiellement de lien entre cette rencontre et l’absence du président.
Le parti cherche ainsi à donner l’image d’institutions et d’une organisation politique continuant à fonctionner normalement.
Plus de 40 ans au pouvoir et des absences déjà controversées
Paul Biya dirige le Cameroun depuis 1982.
Ses séjours prolongés à l’étranger ont déjà suscité des interrogations par le passé. Reuters rappelle notamment qu’une longue absence en 2024 avait déclenché des spéculations et une forte controverse autour de la communication sur son état de santé.
La situation de 2026 réactive donc un débat plus ancien sur la transparence entourant les déplacements présidentiels.
Cette fois, la durée du séjour et le contexte institutionnel donnent cependant une dimension politique particulièrement importante à la controverse.
Une absence qui devient un sujet politique majeur
Plus les jours passent, plus le débat dépasse la simple question du déplacement privé.
L’opposition pose désormais ouvertement plusieurs questions : qui exerce concrètement certaines prérogatives présidentielles, quelles délégations ont été mises en place et quand le chef de l’État doit-il rentrer ?
Le gouvernement et le camp présidentiel n’adhèrent pas à l’interprétation selon laquelle le pays serait sans direction.
Mais l’absence d’un calendrier public de retour laisse un espace important aux interrogations politiques.
Ce que signifie réellement la formule « pilotage automatique »
Lorsque Joshua Osih affirme que le Cameroun est en « pilotage automatique », il ne faut donc pas interpréter cette déclaration comme une description juridique de l’État camerounais.
Il s’agit d’une critique politique.
Le président du SDF cherche à mettre en évidence ce qu’il considère comme un manque de transparence dans l’exercice du pouvoir pendant l’absence prolongée du président.
Cette nuance est importante, notamment dans un contexte où circulent de nombreuses rumeurs concernant Paul Biya.
Au 24 juillet 2026, ce qui peut être établi est que le président a quitté le Cameroun le 7 juin pour un séjour privé en Europe, que son absence dépasse désormais six semaines et qu’aucune date publique de retour n’avait été annoncée dans les sources consultées.
En revanche, aucune vacance officielle de la présidence n’a été constatée.
La sortie de Joshua Osih montre néanmoins que cette absence est désormais devenue l’un des principaux sujets du débat politique camerounais, et la pression pour obtenir davantage d’informations devrait continuer tant que le chef de l’État ne sera pas revenu ou qu’une communication officielle plus détaillée ne sera pas faite.















