Le groupe nigérian Dangote Industries envisage de renforcer considérablement sa présence au Cameroun. Après le ciment, le conglomérat fondé par Aliko Dangote s’intéresse désormais directement aux infrastructures pétrolières, avec un projet de terminal de stockage de produits pétroliers qui pourrait être relié à un réseau de pipelines.
Le projet a été présenté le 21 juillet 2026 au Premier ministre camerounais Joseph Dion Ngute par Devakumar Edwin, vice-président du groupe Dangote chargé des activités pétrolières, gazières et des engrais.
S’il aboutit, ce projet pourrait permettre au groupe nigérian d’acheminer plus facilement vers le Cameroun les carburants produits par sa gigantesque raffinerie de Lekki, tout en faisant du pays une porte d’entrée vers certains marchés d’Afrique centrale.
Dangote veut constituer une réserve de produits pétroliers au Cameroun
À la sortie de son audience avec le Premier ministre, Devakumar Edwin a expliqué que le groupe étudiait la possibilité de développer une installation de stockage au Cameroun afin de contribuer à la disponibilité des produits pétroliers.
L’objectif annoncé est notamment de renforcer la capacité du pays à disposer de réserves suffisantes et de réduire sa vulnérabilité face aux ruptures d’approvisionnement.
L’intérêt est stratégique puisque le Cameroun dépend fortement des importations de produits pétroliers raffinés depuis l’incendie de la SONARA en 2019.
Un grand terminal pourrait donc permettre de recevoir des cargaisons, les stocker et organiser ensuite leur distribution vers le marché national.
Un pipeline également envisagé
Le projet pourrait aller plus loin que la construction de simples réservoirs.
Dangote envisage que l’installation soit reliée à un réseau de transport par pipeline. Selon le groupe, cette solution pourrait réduire les coûts logistiques ainsi que certains impacts environnementaux associés au transport des produits pétroliers par camions.
Un tel système permettrait théoriquement de transporter de grandes quantités de carburant entre les infrastructures portuaires, les dépôts et éventuellement d’autres centres de consommation.
Mais aucun tracé de pipeline n’a encore été officiellement présenté.
Le projet reste pour l’instant au stade des discussions
C’est une précision essentielle : Dangote n’a pas encore annoncé le lancement de la construction du terminal.
À l’issue de l’audience du 21 juillet, aucun accord définitif n’avait été rendu public.
Plusieurs informations essentielles restent inconnues : le site retenu, la capacité de stockage, le coût de l’investissement et le calendrier de construction. Le groupe n’a pas non plus précisé s’il construirait et exploiterait seul l’infrastructure ou s’il rechercherait un partenariat avec l’État ou une entreprise camerounaise.
Il est donc plus exact, à ce stade, de parler d’un projet envisagé plutôt que d’un chantier déjà lancé.
La raffinerie Dangote cherche de nouveaux débouchés
Cette initiative camerounaise doit être replacée dans la stratégie régionale du groupe.
La raffinerie Dangote de Lekki, au Nigeria, dispose d’une capacité de traitement d’environ 650 000 barils de pétrole par jour. Avec cette capacité considérable, le groupe cherche naturellement des marchés pour écouler ses productions d’essence, de diesel, de carburant aviation et d’autres produits raffinés.
Le Cameroun représente un marché particulièrement intéressant en raison de sa proximité géographique avec le Nigeria.
Mais son intérêt va au-delà de la consommation camerounaise.
Le Cameroun pourrait devenir une porte vers l’Afrique centrale
Un terminal installé au Cameroun pourrait donner à Dangote un point d’entrée stratégique vers les marchés de la sous-région.
Grâce à sa position géographique et aux corridors routiers reliant notamment le Tchad et la République centrafricaine aux ports camerounais, le pays joue déjà un rôle logistique majeur en Afrique centrale.
Dangote pourrait donc utiliser une infrastructure camerounaise non seulement pour alimenter le marché local, mais potentiellement pour développer ses ventes dans les pays voisins.
C’est précisément cette perspective qui donne au projet une dimension régionale.
Le projet arrive alors que la SCDP développe son propre terminal à Kribi
L’arrivée potentielle de Dangote intervient cependant dans un secteur où d’importants investissements sont déjà engagés.
La Société camerounaise des dépôts pétroliers (SCDP) développe actuellement le Terminal à hydrocarbures de Kribi (THK) dans la zone de Mboro.
Le projet prévoit notamment 140 000 m³ de capacités de stockage pour les hydrocarbures liquides, auxquels doivent s’ajouter 12 000 tonnes métriques de stockage de GPL, extensibles à 30 000 tonnes à l’horizon 2050.
Le terminal doit également disposer d’un quai pétrolier d’environ deux kilomètres et d’un pipeline de 900 mètres reliant le quai à une station de distribution.
Sa capacité initiale de traitement est annoncée à 5 millions de tonnes par an, avec une possibilité d’atteindre 10 millions de tonnes.
Dangote et la SCDP pourraient-ils travailler ensemble ?
C’est désormais l’une des principales questions.
Aucune annonce officielle ne confirme pour le moment que Dangote participera au Terminal à hydrocarbures de Kribi ou développera son installation sur le même site.
Cependant, la SCDP indique elle-même que les infrastructures de Kribi sont pensées pour accueillir plusieurs partenaires et opérateurs.
Plusieurs scénarios restent donc possibles : Dangote pourrait développer son propre terminal, s’associer à des acteurs camerounais, utiliser des capacités existantes ou futures, ou conclure un autre type de partenariat.
Pour l’instant, aucune de ces options n’a été officiellement retenue.
Une concurrence possible avec d’autres projets privés
Le marché camerounais du stockage pétrolier commence également à attirer d’autres investisseurs.
Le projet de CSTAR, porté dans la zone de Kribi, ambitionne lui aussi de développer d’importantes capacités de stockage et de transformation des hydrocarbures.
Le Cameroun pourrait donc voir émerger progressivement plusieurs infrastructures pétrolières autour de Kribi, en complément des installations historiques de la SCDP.
Cette multiplication des projets pourrait profondément modifier l’organisation logistique du secteur.
Le projet pourrait-il réduire les pénuries de carburant ?
C’est l’un des arguments avancés par Dangote.
Une capacité de stockage plus importante permet théoriquement de conserver davantage de réserves et donc d’amortir certaines perturbations d’approvisionnement.
La SCDP joue déjà ce rôle au Cameroun : l’entreprise indique être notamment chargée de la conservation des stocks stratégiques de l’État et de la sécurisation des approvisionnements.
L’ajout de capacités supplémentaires pourrait donc renforcer la résilience du système.
Cela ne signifie cependant pas que tout risque de pénurie disparaîtrait. La disponibilité du carburant dépend également des importations, du financement des cargaisons, du transport, de la distribution et du fonctionnement général du marché.
Le prix du carburant pourrait-il baisser ?
Pas nécessairement.
Un terminal moderne et un réseau de pipelines peuvent réduire certains coûts de transport et de manutention. La proximité de la raffinerie Dangote avec le Cameroun peut également constituer un avantage logistique.
Mais le prix payé à la pompe dépend de nombreux autres éléments : prix d’achat du produit, transport maritime, stockage, fiscalité, marges des distributeurs et mécanismes de régulation ou de subvention.
Il serait donc prématuré d’affirmer que la construction d’un terminal Dangote entraînerait automatiquement une baisse du prix de l’essence ou du diesel au Cameroun.
Une nouvelle étape dans l’expansion de Dangote au Cameroun
Le projet confirme surtout que le groupe Dangote considère le Cameroun comme un marché stratégique.
Après avoir développé une présence importante dans le ciment, le conglomérat nigérian pourrait désormais devenir un acteur beaucoup plus visible du secteur camerounais des hydrocarbures.
L’enjeu est considérable : stockage, importation de carburants, pipelines et accès aux marchés d’Afrique centrale pourraient progressivement constituer une nouvelle branche des activités de Dangote dans le pays.
Mais au 24 juillet 2026, le terminal reste un projet en discussion. Aucun site, montant d’investissement, capacité ou calendrier définitif n’a encore été annoncé.
Si le gouvernement camerounais et Dangote parviennent à concrétiser ces discussions, le projet pourrait néanmoins devenir une pièce importante du nouveau paysage pétrolier camerounais, aux côtés du terminal de Kribi de la SCDP et des autres investissements privés actuellement envisagés.
Je peux surveiller les discussions entre Dangote et le gouvernement et vous signaler dès que le site, le coût ou la capacité du futur terminal seront officiellement annoncés.














